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 De la contrainte dans l'éducation ...

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MessageSujet: De la contrainte dans l'éducation ...   Sam 17 Nov - 23:16

Bonjour,

Ma pratique éducative me parait un peu en décalage par rapport à des commentaires que je peux lire sur les forums relatifs à l’instruction à domicile.
Je vais en décrire ici la philosophie, que je ne crois pas originale, non dans le but de convaincre qui que ce soit de son bien fondé, mais plutôt dans l’espoir d’amorcer une discussion qui éclairerait les uns et les autres sur leurs pratiques éducatives respectives.

Si j’aborde ce sujet par la contrainte, c’est que je ressens celle-ci pour certains presque comme un tabou, alors qu’elle est pour moi incontournable en matière éducative.

Cela résulte de ma conception de ce qu’est un enfant.
Tel que je le conçois, l’enfant humain à la naissance ne sait rien, il est porteur d’un patrimoine génétique qui lui est propre, qui comprend un programme de développement relativement souple car prévu être alimenté et orienté par l’environnement. C’est donc de son environnement que l’enfant apprendra tout, et l’environnement oriente le développement de l’enfant.

Ma conception de l’éducation en résulte : il s’agit de tout apprendre à l’enfant. Plus pragmatiquement, il s’agira de le pourvoir, avant qu’il ne vole de ses propres ailes, de tout ce qui pourra lui permettre de s’orienter de manière opportune dans la société qui constituera son environnement à ce moment, afin qu’il y choisisse (relativement) sa place, en fonction de ses goûts, plutôt que cette société ne lui en impose une, sans tenir compte de son avis.

Grossièrement, cela reviendra pour moi à favoriser le développement des potentiels de l’enfant, physique et intellectuel, et à l’instruire, sur le monde en général, la société des Hommes en particulier.

L’enfant est biologiquement préparé à aller dans ce sens. Il dispose d’énergie, de curiosité …

Dans ce contexte, quel sera le rôle précis de l’éducateur ? Il sera de mettre à la disposition de l’enfant les moyens visant à favoriser son développement et ses apprentissages, le guider dans l’usage de ces moyens, le motiver à en faire usage.

Guider, motiver, contraindre ?
Quel rapport entretient l’enfant avec la contrainte ? Elle accompagne tout son développement.
Dès ses premiers jours, à défaut de contrainte, il expérimente la contrariété, dès lors que ses parents interprètent incorrectement ses pleurs, ou ne s’empressent pas d’y répondre.
A 6 mois, diversification alimentaire oblige, il fera connaissance avec la pression, pour peu qu’on l’incite lourdement à consommer autre chose que ses mets préférés.
A un an, la contrainte physique devient manifeste, la pesanteur fixe des limites et pose des contraintes. C’est vers cet âge que la contrainte sociale devient perceptible pour l’enfant.
Un exemple : Alors qu’il joue, et qu’on le sait « en bout de course », l’enfant éclate en sanglots pour une contrariété ou frayeur futile. Pour beaucoup de parents dont je suis, c’est le signal de l’aller coucher … avec ou sans l’accord de l’enfant.

Fixons maintenant les limites de la contrainte qui fait l’objet de mes propos : elle comprend la contrainte physique dont un exemple figure ci-dessus, la contrainte morale par résistance à une demande de l’enfant, l’action contrainte de l’enfant obtenue par la pression d’une menace de sanction.
Quels critères justifient-ils pour moi l’emploi de la contrainte ?
Hors les critères du type : mise en sécurité de l’enfant, il en est un qui me tient à cœur, que j’appellerai le « principe de réalité », pas forcément à prendre dans son sens psychologique.
Il s’agit en gros, et beaucoup de parents doivent y procéder intuitivement, de vérifier si la conduite choisie par l’enfant dans une situation donnée, est valide dans la « réalité » (la vraie société). Pour exemple : Mettons que l’enfant conteste les horaires de « travail » que je lui impose, en invoquant une plus-value attendue par une adaptation de ses horaires de travail à ses motivations. Je vais refuser. Un des critères de mon refus sera que dans la vraie société, la contrainte horaire est très fréquente, autant l’y habituer très tôt …

A ce propos, quand faut-il commencer à utiliser la « contrainte » ? Des théories psychologiques, relativement en vogue, préconisent d’être très conciliant avec le nourrisson, durant au moins six mois, voire un an, tablant sur le fait que durant cette période, l’enfant ne prend pas de « mauvaises habitudes », et qu’obtenir satisfaction renforce sa confiance en lui. Je n’adhère pas à cette conception. Selon moi, tout apprentissage relève, et en particulier très tôt, des notions de conditionnement et renforcement énoncées par Pavlov. En gros, toute satisfaction obtenue par un procédé incite son bénéficiaire à utiliser ce procédé plutôt qu’un autre à l’avenir. Et toute nouvelle satisfaction obtenue par ce même procédé vient renforcer cette incitation. Ces notions sont manifestement fonctionnelles dès la naissance. Il me semble donc qu’une mauvaise habitude peut se prendre dès la naissance, et que la mise en cause soudaine de cette mauvaise habitude ultérieurement ne renforcera nullement la confiance en soi de l’enfant. Il en résulte que j’ai contraint ma fille très tôt …

Un autre critère pouvant m’amener à utiliser la contrainte, est si la question en jeu intègre mon domaine réservé d’éducateur. Intègre ce domaine réservé tout ce qui concerne peu ou prou l’avenir de mon enfant. Autant dire beaucoup de choses ! Cela découle logiquement de mes conceptions citées plus haut de l’enfant et de l’éducation. Tant que l’enfant n’a pas atteint l’âge « de raison », je me réserve toute décision impliquant son avenir. Il me paraît difficile qu’un enfant puisse avec maturité prendre des décisions engageant son avenir avant la fin de son adolescence. Avant cela, c’est non seulement un droit, mais aussi un devoir qui m’échoit de le protéger de ses propres erreurs d’appréciation dues à sa méconnaissance du monde.
A titre d’exemple, le choix de l’instruction à l’école ou à la maison relève pleinement de mon domaine réservé d’éducateur …

Enfin, abordons la place que la contrainte prend pour moi dans l’apprentissage, ce qui nous amènera au traitement des lacunes de motivation, qui sont pour moi le cœur de l’emploi de la contrainte en matière d’apprentissage, mais qui ont aussi leur place dans l’éducation en général.
Bien sûr, rien ne peut remplacer la motivation en matière d’apprentissage, et notre objectif pédagogique sera toujours de faire appel à elle. Mais la motivation a ses limites, elle va, elle vient … peut-on l’attendre ? Raisonnablement certainement, mais pas trop longtemps. Car on sait aujourd’hui que bien que le développement chez l’enfant se déroule à un rythme qui lui est propre, d’une part, et admet une certaine souplesse en raison des stimulations de l’environnement, d’autre part, il y a une période optimale pour chaque apprentissage.
En gros, dès que le développement psychomoteur est à maturité, et les prérequis physiologiques ou culturels développés ou acquis, c’est le moment optimum. Car attendre revient à accepter une diminution de la capacité adaptative ou mnésique, et à différer également les apprentissages pour lesquels celui-ci est un prérequis.
Au-delà, il est des apprentissages nécessaires pour lesquels il est difficile de trouver une motivation. Je sais que le calcul mental, et donc une maîtrise absolue des tables de calcul, est nécessaire à comprendre beaucoup de démonstrations mathématiques qui suivront, et utile au quotidien. Mais l’enfant peut avoir du mal à l’intégrer, et si j’échoue à le motiver à ce sujet, je n’hésiterai pas à employer la contrainte pour obtenir le résultat attendu, plutôt qu’à laisser s’installer une lacune qui le pénalisera dans beaucoup de ses apprentissages ultérieurs.

J’ai par ailleurs observé, et je ne crois pas être le seul, qu’un enfant en manque de « limites » modifiait son comportement jusqu’à la provocation si nécessaire afin qu’on lui en fixe.

Questions, demandes de développement, commentaires, contradiction argumentée bienvenus.
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Karine
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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Dim 18 Nov - 0:21

Jean-Philippe a écrit:
Dès ses premiers jours, à défaut de contrainte, il expérimente la contrariété, dès lors que ses parents interprètent incorrectement ses pleurs, ou ne s’empressent pas d’y répondre.
ll me semble qu'il y a une nuance entre contrariété due à l'incompréhension d'autrui, et contrariété due à la contrainte parfois arbitraire et principalement culturelle (espacements de tétées, obligation du port de la couche, etc). Ce qui est une compris comme un passage obligé dans notre culture, ne l'est pas forcément ailleurs.

Jean-Philippe a écrit:
A 6 mois, diversification alimentaire oblige, il fera connaissance avec la pression, pour peu qu’on l’incite lourdement à consommer autre chose que ses mets préférés.
Euh scratch La diversification est une étape obligée à 6 mois ?!! La diversification n'a pas obligatoirement lieu à 6 mois. Belle illustration de ce que je disais plus tôt : un passage qu'on croit obligé à tel âge, mais qui n'est qu'une barrière tout à fait culturelle.

Jean-Philippe a écrit:
A un an, la contrainte physique devient manifeste, la pesanteur fixe des limites et pose des contraintes.
Je ne considère pas la pesanteur comme une contrainte, mais comme une limite à notre capacité motrice.

Jean-Philippe a écrit:
C’est vers cet âge que la contrainte sociale devient perceptible pour l’enfant.
Un exemple : Alors qu’il joue, et qu’on le sait « en bout de course », l’enfant éclate en sanglots pour une contrariété ou frayeur futile. Pour beaucoup de parents dont je suis, c’est le signal de l’aller coucher … avec ou sans l’accord de l’enfant.
Pour moi, c'est le signal que mon enfant est fatigué, ou a eu peur (pourquoi futile ?), ou qu'il est contrarié. Lorsqu'ils sont fatigués, maintenant mes enfants s'endorment généralement d'eux-mêmes (ce qui n'était pas le cas à l'époque où je décidais du moment et du lieu de leur endormissement : pleurs, etc). Peut-on contraindre quelqu'un à dormir ? Par lassitude et résignation, peut-être ?
Je n'appelle pas cela une contrainte sociale, mais une contrainte parentale. Il ne s'agit pas d'une limite posée par la vie en société, mais par l'adulte qui pense faire ce qu'il y a de mieux pour l'enfant. Pour moi, une contrainte sociale, c'est plus de l'ordre de ne pas pousser les gens pour passer devant à la caisse, ou bien trouver un compromis sur le titre du DVD qui sera visionné, etc.

Jean-Philippe a écrit:
Pour exemple : Mettons que l’enfant conteste les horaires de « travail » que je lui impose, en invoquant une plus-value attendue par une adaptation de ses horaires de travail à ses motivations. Je vais refuser. Un des critères de mon refus sera que dans la vraie société, la contrainte horaire est très fréquente, autant l’y habituer très tôt …
Et pourtant certains adultes, justement parce qu'ils ont beaucoup eu à subir d'horaires imposés choisissent un emploi à horaires libres, ou bien de rester au foyer. D'autres subissent leur emploi du temps en étant persuadé qu'ils n'ont pas le choix, et n'en sont pas forcément plus épanouis. Pourquoi faire croire à un enfant qu'il n'a pas la possibilité de choisir ses horaires alors que dans la vraie vie adulte cela est parfaitement possible en choisissant un emploi adéquat ?

Jean-Philippe a écrit:
Selon moi, tout apprentissage relève, et en particulier très tôt, des notions de conditionnement et renforcement énoncées par Pavlov
Parent potier versus Parent jardinier.

Jean-Philippe a écrit:
Tant que l’enfant n’a pas atteint l’âge « de raison », je me réserve toute décision impliquant son avenir. Il me paraît difficile qu’un enfant puisse avec maturité prendre des décisions engageant son avenir avant la fin de son adolescence.
Toute décision n'engage-t-elle pas l'avenir à un degré ou à un autre ? Exemple : le choix d'un livre, d'un film pouvant amener à une réflexion sur la vie. Les parents doivent-ils obligatoirement tout décider pour leurs enfants, leur laissant peut-être penser qu'ils ne sont pas aptes à prendre une décision les concernant, et donc risquant ainsi de faire de cet enfant un adulte assisté, peu confiant en son jugement, et préférant s'en remettre au jugement d'un autre, ou d'un groupe ?

Jean-Philippe a écrit:
A titre d’exemple, le choix de l’instruction à l’école ou à la maison relève pleinement de mon domaine réservé d’éducateur …
Si ta fille te demandait un jour d'aller à l'école, tu le lui refuserais ? Si elle préfère faire du judo plutôt que du piano ?

Jean-Philippe a écrit:
Raisonnablement certainement, mais pas trop longtemps. Car on sait aujourd’hui que bien que le développement chez l’enfant se déroule à un rythme qui lui est propre, d’une part, et admet une certaine souplesse en raison des stimulations de l’environnement, d’autre part, il y a une période optimale pour chaque apprentissage.
Cela varie grandement selon les pédagogues. Pour certains, il est criminel de ne pas commencer l'apprentissage de la lecture dès 2 ans. Pourtant, d'autres affirment qu'avant 6 ans cela ne sert à rien. D'autres chercheurs encore ont pu démontré qu'un enfant ayant souhaité n'apprendre à lire qu'à 12 ans n'avaient aucune lacune particulière comparé aux enfants ayant appris plus tôt. La théorie Vs. l'expérience ?

Jean-Philippe a écrit:
En gros, dès que le développement psychomoteur est à maturité, et les prérequis physiologiques ou culturels développés ou acquis, c’est le moment optimum.
Les "prérequis culturels". Très important dans l'évaluation d'une manière de faire. Ce qui est bien ici est mal là. Et vice-versa. Ce qui est bien aujourd'hui ne l'était pas hier ou ne le sera plus demain, etc. Ne devrait-on pas s'appuyait sur la physiologie, propre à chacun, plutôt qu'à la culture si mouvante ?

Jean-Philippe a écrit:
Au-delà, il est des apprentissages nécessaires pour lesquels il est difficile de trouver une motivation. Je sais que le calcul mental, et donc une maîtrise absolue des tables de calcul, est nécessaire à comprendre beaucoup de démonstrations mathématiques qui suivront, et utile au quotidien.
Toi, tu ne connais pas la pédagogie des frères Lyons ! Wink Leur programme de mathématique ne suit pas du tout le programme français, et les enfants s'en sortent pourtant très bien, avec en plus le goût pour les mathématiques et la réflexion logique.

Jean-Philippe a écrit:
Mais l’enfant peut avoir du mal à l’intégrer, et si j’échoue à le motiver à ce sujet, je n’hésiterai pas à employer la contrainte pour obtenir le résultat attendu, plutôt qu’à laisser s’installer une lacune qui le pénalisera dans beaucoup de ses apprentissages ultérieurs.
Pourquoi pas modifier l'approche ou les supports, plutôt que la contrainte qui souvent est vouée à l'échec, le sujet étant connu tant que la pression est là, mais oublié sur le long terme. A moins que le but ne soit que le contrôle ou l'examen, et qu'il n'y ait aucun intérêt à être instruit sur le long terme ?

Jean-Philippe a écrit:
J’ai par ailleurs observé, et je ne crois pas être le seul, qu’un enfant en manque de « limites » modifiait son comportement jusqu’à la provocation si nécessaire afin qu’on lui en fixe.
J'ai remarqué en tant que parent que les limites non arbitraires sont généralement mieux comprises et respectées. De plus, en tant que personne ayant été enfant, je sais aussi que les limites arbitraires sont franchies dès que l'adulte "contrôleur" a le dos tourné. Maintenant, je pense que chaque parent doit agir en fonction de ce qu'il sait et du résultat qu'il espère (mais n'aura pas forcément, l'enfant étant lui-même un individu Wink ).

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Karine
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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Dim 18 Nov - 11:32

Je complète vite fait avec deux choses :

- Je trouve que parfois tu as un ton assez condescendant envers les parents qui pourraient ne pas avoir les même théories et pratiques éducatives que toi. Tu as plusieurs fois laissé entendre, ici et dans d'autres messages, qu'il y a une question de mode éducative, et que les parents moins rigides et plus ouverts dans leur conception de l'éducation suivent une "mode", une "vogue". Je trouve cette façon de disqualifier les pratiques des autres condescendante, au moins autant que ceux qualifiant des théories éducatives comme les tiennes de "patriarcat", ou de "retour à l'ancienne mode" (tiens, on revient à cette histoire de mode Wink ). De la même manière, le choix de ne pas scolariser son enfant n'est pas une question de "mode" parce qu'on en parle à la télé. On en parle à la télé, donc les gens sont mieux informés et peuvent réellement choisir entre les divers modes d'instruction, et non seulement agir par non choix. Je pense qu'il en est de même pour nombre de choix éducatifs. Comme je l'ai dit dans un autre message, je ne crois pas à cette histoire de mode. Je pense sincèrement que les parents font avec ce qu'ils savent, croient savoir et peuvent au moment où ils sont confrontés à telle ou telle situation. Il n'y a pas une bonne manière de faire et les autres seraient mauvaises. Nous sommes humains, et donc pluriels. C'est comme pour l'instruction en famille, il y a au moins autant de façons de faire que de familles, et parfois même d'enfants Wink
Je pense aussi qu'il y a une différence entre être parent et être éducateur professionnel, car l'affectif est différent, le ressenti n'intervient pas de la même manière. La relation parent/enfant (filiation) ne peut être comparée à la relation à la relation professionnel/enfant (âge). De la même manière qu'un instituteur n'enseigne pas à son enfant de la même manière qu'un parent, tout simplement parce que la relation entre les personnes concernées n'est pas la même, et qu'on ne peut transposer la vie professionnelle à la vie famililale.

- Affirmer qu'un enfant ne sait rien, qu'il a tout à recevoir du parent et ne peut rien décider, n'est-ce pas nier/ignorer nombre d'études, d'observations et de recherches en matière éducative et pédagogique ? J. Holt, M. Montessori, J. Liedlof, etc. Ces auteurs ne sont pas récents et leurs écrits ont quelques décennies déjà (en rapport avec cette histoire de mode que je ne comprends pas).
Si un enfant a beaucoup à apprendre sur le monde qui l'entoure, a-t-il autant à apprendre sur lui-même, sur ses goûts de la part de l'extérieur ?

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Christine



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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Dim 18 Nov - 13:40

J'ajouterais deux choses à ce que dit Karine et avec quoi je suis complètement d'accord :
- on peut bien sûr avoir des théories sur l'éducation et l'instruction des enfants ; mais une théorie reste une théorie, et une fois que les enfants sont là, je pense qu'il est infiniment moins dangereux d'adapter ses théories à son enfant que d'essayer d'adapter son enfant à ses théories
- la meilleure chose à souhaiter à tous les parents est que, tout en s'informant, ce qui est normal dans une société où les repères traditionnels en matière d'éducation n'existent plus, ils réussissent à s'affranchir des diktats de la mode et des professionnels pour se connecter à leur enfant et écouter leur instinct de parent ; aucun avis de spécialiste ne pourra remplacer cela
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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Dim 18 Nov - 14:35

Bonjour,

Merci d'avoir lu et questionné mes propos.
Je vais essayer de répondre à ces questions, je le ferai point par point, car certaines réponses appelleront des développements considérables.

Le domaine de l'éducation est vaste, j'ai très succinctement présenté mes positions, dans le but de conserver un volume raisonnable, je préfère développer quelques points que la totalité du champ de mes propos !

Je suis surpris que l'emploi des mots "mode" et "vogue" amènent à me prêter des jugements.
Ces notions sont complexes, il ne m'intéresse pas de les développer, je dirai simplement qu'il me parait difficile de nier que l'éducation, comme tout, fait l'objet de pratiques évolutives et passagères, en fonction de la connaissance et des croyances.
Par exemple, il a longtemps été recommandé par les médecins de coucher les nouveaux-nés sur le ventre, je pense afin de limiter les risques d'étouffement du nouveau-né, et ce, jusqu'à ce que des études sur la mort subite du nourrisson amènent les médecins à modifier leurs conseils, et donc les pratiques.
Appliquer les mouvances en question relève tout simplement du bon sens, dès lors que les recommandations émanent de personnes dont c'est le domaine de compétence. Je pratique donc moi-même sans aucune honte !
Quand je dis que j'ai rarement été à la mode, il faut surtout comprendre que je critique lorsque je le peux les recommandations qui me sont faites, et ne les applique pas lorsque celle-ci ne me conviennent pas, et que je me fiche de la critique sociale que cela me vaut. Et comme je suis peu sensible à la critique, en ce que je décode en elle l'argumentation du jugement de valeur, je n'hésite pas à m'y prêter, car la critique argumentée est le meilleur moteur d'une évolution raisonnée des pratiques.
Quand je dis qu'une pratique est en vogue, il faut comprendre que j'estime celle-ci provisoire, compte tenu des connaissances que j'ai en ce domaine. Il n'est pas nécessaire d'en extrapoler un jugement de ma part sur ceux qui la pratiquent, j'en fais la plupart du temps, dans les autres domaines, partie moi-même !
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Karine
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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Dim 18 Nov - 17:33

Jean-Philippe a écrit:
Appliquer les mouvances en question relève tout simplement du bon sens, dès lors que les recommandations émanent de personnes dont c'est le domaine de compétence.
Donc tu penses que les professionnels sont bien mieux placés que les parents pour savoir quoi faire avec un enfant ? Pourtant dans l'exemple que tu cites :
Jean-Philippe a écrit:
Par exemple, il a longtemps été recommandé par les médecins de coucher les nouveaux-nés sur le ventre, je pense afin de limiter les risques d'étouffement du nouveau-né, et ce, jusqu'à ce que des études sur la mort subite du nourrisson amènent les médecins à modifier leurs conseils, et donc les pratiques.
le professionnel qui recommande le couchage sur le ventre est dans l'erreur, et la mère qui, à cette époque, ressentait plutôt que le couchage sur le côté ou sur le dos était meilleur pour son enfant était considérée comme une irresponsable faisant courrir un risque à son enfant, alors qu'elle était plus dans le "bon sens" que ledit spécialiste qui affirmait le contraire (et je ne parle même pas du cas où l'enfant ne doit pas être couché sur le dos car il risque un étouffement, et pourtant on ne préconnise pas le couchage sur le côté...). Pourtant, dans cet exemple, c'est la pratique recommandée par le professionnel qui met l'enfant en danger. Cet exemple, et il est loin d'être le seul en matière de soin (au sens large) à l'enfant (malheureusement) démontre bien qu'un professionnel ou qu'une congragation de professionnels n'est pas à l'abri d'une erreur de jugement, et que le parent peut avoir un bien meilleur ressenti que le professionnel spécialisé. On ne sait pas si les recommandations actuelles des professionnels sont les meilleures dans l'absolu et si de nouvelles recommandations ne viendront pas les détrôner dans quelques années, ou décennies. Donc pourquoi systématiquement penser que le professionnel est mieux placé que le parent qui connaît et ressent son enfant ? Cela peut être vrai, comme cela peut être erroné, il me semble.
Pour en revenir à l'instruction (car c'est quand même l'objet premier de ce forum Wink ), nombre de professionnels pensent que la méthode d'apprentissage de la lecture par une méthode globale à partir de 5 ans est une bonne chose, ou du moins cela l'a été pendant une quinzaine d'années. Il semble pourtant qu'actuellement certains professionnels de l'instruction souhaitent revenir à un enseignement syllabique et considèrent que les difficultés actuelles des jeunes en lecture soit due à cette méthode. Entre les deux, il y a les partisans de la lecture semi-globale qui pensent que cette pratique est plus adaptée. On voit apparaître depuis quelques années une nouvelle méthode phonémique recommandée, entre autres, par des orthophonistes, et dont on dit qu'elle convient à tous les enfants. Est-ce le rôle du parent instructeur de suivre une méthode dont les professionnels se font l'écho, ou bien son rôle est-il d'observer son enfant et de mettre en oeuvre la méthode qui semble convenir à cet enfant-là (et pas forcément à son frère) ? Autrement dit, et pour relier cela à la contrainte qui est le sujet de ton post, faut-il imposer une méthode à un enfant qui semble réfractaire, ou bien peut-on envisager de faire évoluer la pratique pédagogique pour une meilleure adéquation entre l'apprenant et la méthode ?

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rainbow



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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Dim 18 Nov - 22:49

Les contraintes, cela s'apprend peu à peu... pas à 6 mois

Mathieu a longtemps dormi prêt de moi, c'est à dire en fait jusque 15-16 mois... et encore maintenant, le matin il vient téter dans notre lit.
Je l'ai fait dormir sur le côté jusque 6 mois, mais je l'ai laissé se retourner dès qu'il en a été capable... il dort en général maintenant sur le ventre ce qui est beaucoup plus naturel...


Vers 6 mois j'ai commencé à proposer autre chose à mon fils... il en prennait peut-être 10 gr... aimait sucer un morceau de biscotte ou un biscuit... mais il s'est vraiment diversifier que vers 14 mois (c'est à dire qu'à partir de 14 mois ses repas non lait maternels ont commencé à constituer une part nettement majoritaire dans son alimentation).

J'ai décidé, en accord avec son père de ne le vacciner que pour la polio seul vaccin obligatoire en Belgique (bon diteper, c'est à dire diphtérie, tétanos, coqueluche et polio).

Je n'ai jamais demandé l'avis de son pédiâtre quant au fait de l'allaiter longtemps...


Je lui ai toujours laisser naviguer à son rythme tout en mettant des limites...
Je n'ai jamais mis une heure stricte pour le coucher... Mais je vois bien quand il a besoin d'aller se coucher et je le mets au lit (entre 18h30 et 21h30 en général, souvent vers 19h30-20h00)...

Petit à petit je mets des contraintes, mais en fonction de ce que je pense qu'il peut comprendre...

Si par exemple, je vois qu'il n'est pas prêt pour aller à l'école à 2 ans et demi, je ne le mettrai qu'à 3 ans, voire 4 ans...

je pense que les parents sont tout à fait apte à juger de la manière de bien éduquer leurs enfants... bien mieux que des professionnels, qui quoi que de bon conseil, on été formés sur la généralité et non sur la particularité de chacun.
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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Dim 18 Nov - 23:33

Bonjour,

Pour moi, si je n'ai pas la compétence, je place ma confiance dans le professionnel ... qui peut bien sûr se tromper !
Je pars simplement du principe que je risque davantage de me tromper que lui.
Bien sûr, la connaissance de l'enfant peut parfois questionner sur la réponse du professionnel ; il peut alors être intéressant de questionner plusieurs professionnels ou ne pas tenir compte de l'avis du professionnel. Mais la responsabilité ...
En matière pédagogique, quand on le peut, on adapte évidemment la pédagogie à l'enfant. Mais c'est faire cela qui peut requérir des connaissances, me semble-t-il ...
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Karine
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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Lun 19 Nov - 16:33

Ta réponse me surprend. Vraiment. J'y lis un manque de confiance en ta capacité à être parent. Plus haut tu dis devoir prendre les décisions pour ton enfant (car il n'en est pas capable), et ici tu dis qu'il vaut mieux finalement prendre la décision de suivre ce que décide un professionnel. De plus, tu sembles penser qu'il vaut mieux, en tant que parent, ne pas être responsable, qu'il vaut mieux que, si erreur il y a, ce soit de la responsabilité d'un professionnel. Cela me laisse véritablement perplexe. Etre parent, à mon sens, c'est être responsable, c'est assumer une responsabilité colossale, qui parfois peut faire peur ou donner le vertige, mais c'est notre responsabilité. Il me semble difficile de déléguer cela, de "démissionner" de notre rôle parental. Cela me fait penser aux parents qui rejettent souvent la faute sur un professionnel de santé parce qu'il n'a pas su dépister une anomalie, plutôt que d'assumer le fait que parfois tout n'est pas aussi parfait qu'on le souhaiterait dans la vie. Mais la perfection n'est pas de ce monde (ou alors je ne l'ai pas trouvée Wink ).

Concernant ta dernière phrase, je pense qu'un parent intéressé par l'éducation et/ou l'instruction de son enfant sera à même de trouver les informations dont il a besoin pour faire un choix. A lire ta dernière phrase, je me demande pourquoi tu envisages d'instruire toi-même ton enfant en te pensant en même temps incompétent pour le faire. Je suis intriguée par ce manque de confiance en ta capacité paternelle, ou plutôt par ce que je lis à travers ton message. Ou alors je ne l'ai pas compris ??

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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Lun 19 Nov - 23:22

Bonjour,

Etre parent, c'est pour moi être responsable de la santé, de l'éducation, de l'instruction de ses enfants. En ce qui concerne l'éducation et l'instruction, j'ai de la pratique et des connaissances qui me permettent d'y aller relativement en confiance, bien que je ne manquerai pas de faire appel à un professionnel si je détecte une difficulté dans un secteur précis.
En ce qui concerne la médecine, je n'ai aucune connaissance. Pour moi, être responsable, c'est alors déléguer à ceux dont c'est le métier toutes les décisions un peu importantes qui touchent à ce domaine.
Dans l'exemple auquel je me référais, il est clair qu'il y a vingt ans, j'aurais couché ma fille sur le ventre, alors qu'aujourdhui, je l'ai couchée sur le dos ; et il est bien possible que dans vingt ans, je la coucherais autrement ...
Mais dans ma conception de la responsabilité, être responsable, c'est aussi savoir lorsqu'on sort de ses limites de compétence, et faire alors appel à un professionnel. Et donc, bien sûr, appliquer ses conseils. Même s'il peut se tromper ...

En ce qui concerne ma dernière phrase, je persiste également. La
pédagogie, ça ne s'improvise pas, j'ai subi des enseignants qui étaient dépourvus d'aptitude en ce domaine, le support ne fait pas tout.
J'ai lourdement pratiqué et pu m'évaluer dans ce domaine, je ne sais pas si j'oserais prendre en charge l'instruction de ma fille si je n'avais pas cette confiance la. Déterminer l'approche pédagogique la plus adaptée au mode de fonctionnement de l'enfant, puis convertir le support retenu à cette approche ne me paraît pas si simple non plus.
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Karine
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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Mer 21 Nov - 15:58

Jean-Philippe a écrit:
En ce qui concerne l'éducation et l'instruction, j'ai de la pratique et des connaissances qui me permettent d'y aller relativement en confiance
Jean-Philippe a écrit:
J'ai lourdement pratiqué et pu m'évaluer dans ce domaine

Tu as déjà l'expérience de l'IEF ? Tu as des enfants plus grands ? Désolée, je n'avais pas compris cela Embarassed Tu veux nous en dire plus sur la manière dont tu as procédé ?


Jean-Philippe a écrit:
Dans l'exemple auquel je me référais, il est clair qu'il y a vingt ans, j'aurais couché ma fille sur le ventre, alors qu'aujourdhui, je l'ai couchée sur le dos ; et il est bien possible que dans vingt ans, je la coucherais autrement ...
Pour mon premier enfant, il est clair que j'ai appliqué tout ce qu'on m'a dit. Pour les suivants, j'ai vraiment observé et adapté, car le couchage sur le dos s'est révélé dangereux pour mon deuxième enfant No C'est pour cela que je pense qu'il est important d'adapter les théories à l'enfant, et non de croire que toute théorie est applicable parce que affirmée par un professionnel.

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MessageSujet: Re: De la contrainte dans l'éducation ...   Jeu 22 Nov - 18:02

Bonjour,

Alors, non, pas d'enfant plus grand ... Concernant l'éducation, outre un grand intérêt théorique pour moi, ça a longtemps été mon boulot, enfin, souvent dans le rôle du pompier, ce qui était intéressant pour tenter de valider ou invalider la théorie ...

La pédagogie, boulot aussi en tant que formateur, mais ma confiance en moi, je la retire d'une grande pratique dans le secteur du loisir auprès d'enfants, en particulier dans l'enseignement de la voile, activité dans laquelle j'ai un bon niveau, et où la pédagogie n'est pas simple.
Comme j'ai accompagné des enfants sur une longue période, j'ai pu m'évaluer sur le taux d'abandons, d'une part, et sur ma transmission de connaissances, d'autre part, en observant leurs progrès en compétition.

Alors, concernant rapport entre théorie et pratique, je n'ai peut-être pas été assez clair, je précise avant d'aborder les commentaires.
La théorie, pour moi, c'est avant tout un repère. A ce titre, elle m'intéresse surtout si elle est en lien avec les pratiques, plutôt que purement philosophique.
Mais quand je dis un repère, cela veut dire qu'il me parait intéressant de savoir qu'elle existe, pour pouvoir positionner ma propre pratique par rapport à elle, il ne s'agit pas pour moi de recettes de cuisine !
La théorie, elle ne peut traiter que le cas général ... et tous les enfants sont particuliers, dans le sens où ils ne sont pas "moyens" dans tous les domaines.
Donc, sur ce point là je suis entièrement d'accord, on part de l'enfant, et en fonction de ce qu'il nous semble être, et de ce que l'on souhaite qu'il devienne, on "l'éduque" en s'appuyant sur ses intuitions, sur ses connaissances personnelles, à défaut sur la théorie si on la connait et qu'elle nous convient, à défaut en sollicitant le conseil d'un pro ... bref pour le mieux.
Mais relativisons l'objet de mon propos.
Un enfant, on le sait aujourd'hui, c'est génétiquement orienté. On ne peut définir les rôles respectifs de l'inné et de l'acquis, car les deux sont en interdépendance, mais l'orientation génétique est incontestable, et par rapport à celle-ci, l'éducateur ne peut que prendre en compte.
Ensuite, on sait également que quelles que soient les pratiques de l'éducateur, si l'enfant est aimé, il se développe, et, dans toute la mesure du possible, il s'adapte !
Il résulte de ce qui précède qu'il est toujours un peu illusoire d'attribuer un résultat à une pratique éducative.
La théorie (que j'interprête en tant qu'état de la connaissance à un moment donné sur un point donné), c'est un peu pour moi la cerise sur le gateau du pragmatisme.
J'y tiens, car j'aime essayer de comprendre ce que je fais. Bien sûr, dans la pratique, le bon sens restera longtemps le meilleur repère. Mais éclairer le bon sens, c'est pour moi le rôle de la théorie. Rien de moins. Mais rien de plus non plus ...
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